Binta Touré N’Doye, membre du Conseil d’administration d’AGRA, lors de son entretien accordé à ASK Web TV à l’occasion des 20 ans d’AGRA au Mali. Crédit photo : ASK Web TV.

À l’occasion des 20 ans d’AGRA au Mali, Binta Touré N’Doye, membre du Conseil d’administration de l’organisation, revient sur deux décennies d’intervention aux côtés du pays. Elle analyse l’évolution de la stratégie d’AGRA, de l’amélioration de la productivité à la transformation globale des systèmes agricoles et alimentaires. Pour elle, les producteurs doivent demeurer au centre des actions afin d’accroître leurs revenus et de favoriser la prospérité des populations.

Binta Touré N’Doye, membre du Conseil d’administration d’AGRA, lors de son entretien accordé à ASK Web TV à l’occasion des 20 ans d’AGRA au Mali.
Crédit photo : ASK Web TV.

‎Vingt années de présence, de partenariats et d’actions en faveur de la transformation agricole. À l’occasion de cet anniversaire, AGRA dresse le bilan du chemin parcouru au Mali tout en se projetant vers les défis à venir.

‎Invitée sur le plateau d’ASK Web TV, Binta Touré N’Doye, membre du Conseil d’administration d’AGRA, a exprimé sa fierté d’être associée à cette histoire.

« Je suis très honorée de faire partie de l’histoire d’AGRA à travers ces vingt années de présence au Mali. Le Mali est l’un des premiers pays où nous avons cru et où nous avons ancré notre stratégie », a-t-elle déclaré.

Le Mali, l’un des pays phares d’AGRA

‎Selon Binta Touré N’Doye, l’intervention d’AGRA repose depuis ses débuts sur une conviction forte : l’Afrique doit parvenir à nourrir elle-même ses populations, en s’appuyant notamment sur les exploitations familiales et les producteurs locaux.

‎Elle a, à cet égard, rendu hommage à feu Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies, dont la vision a contribué à la création d’AGRA. Celui-ci considérait les producteurs, particulièrement les exploitants familiaux, comme des acteurs déterminants de l’avenir du continent.

‎Le Mali occupe une place importante dans la mise en œuvre de cette vision. Il figure parmi les premiers pays dans lesquels AGRA a développé et consolidé sa stratégie.

‎Pour la membre du Conseil d’administration, ces vingt années ont été marquées par des progrès, des réalisations concrètes et une prise de conscience croissante de l’importance de l’agriculture dans le développement économique et social.

« Le chemin est certes bien balisé, mais il reste encore très long. Il reste du chemin à parcourir », reconnaît-elle.

‎AGRA entend donc maintenir sa présence aux côtés des autorités maliennes afin de contribuer à la réalisation de la vision agricole du pays.

Une stratégie élaborée avec les autorités maliennes

‎Binta Touré N’Doye insiste sur le fait qu’AGRA ne conçoit pas et ne met pas en œuvre ses interventions de manière isolée. L’organisation travaille en collaboration avec le gouvernement, les institutions publiques, les producteurs, le secteur privé et les partenaires du développement.

‎Les programmes, les projets et les réformes soutenus par AGRA sont élaborés en tenant compte des orientations définies par les autorités maliennes.

« AGRA n’œuvre pas en silo. Nous travaillons aux côtés des autorités et nous créons ensemble les projets, les interventions et les réformes à mener. Nos interventions épousent véritablement la stratégie agricole ainsi que la stratégie globale du système agricole du Mali », explique-t-elle.

‎Cette approche partenariale vise à garantir une meilleure cohérence entre les interventions d’AGRA et les priorités nationales. Elle permet également de renforcer l’appropriation des programmes par les acteurs maliens.

‎Binta Touré N’Doye représentait à cette célébration le Conseil d’administration d’AGRA, présidé par l’ancien Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn.

Une première phase consacrée à la productivité

‎Au cours de l’entretien, la responsable a distingué trois grandes phases dans l’évolution de la stratégie d’AGRA.

‎La première répondait à un impératif fondamental : accroître la production afin de nourrir les populations africaines. Les actions ont donc été principalement orientées vers l’amélioration de la productivité agricole et la mise en place de réformes favorables au développement du secteur.

‎Cette phase a notamment permis de soutenir l’accès des producteurs à de meilleures technologies, aux intrants, aux connaissances et aux pratiques susceptibles d’augmenter les rendements.

‎Les premiers résultats ont cependant démontré que l’amélioration de la production ne pouvait, à elle seule, assurer une transformation durable de l’agriculture.

De la production à la conservation et à la nutrition

‎La deuxième phase de la stratégie d’AGRA s’est construite à partir des enseignements tirés de la première.

‎L’organisation a constaté que le secteur agricole ne fonctionne pas dans un espace fermé. L’augmentation des rendements doit être accompagnée de solutions pour conserver, transporter, transformer et commercialiser les récoltes.

« Lorsque nous parlons de productivité, nous devons aussi parler de la conservation de la production. Nous devons également parler de l’acheminement des produits jusqu’au consommateur final, ainsi que de la nutrition », souligne Binta Touré N’Doye.

‎Cette évolution a conduit AGRA à élargir ses interventions à d’autres maillons des chaînes de valeur. La question n’était plus uniquement de savoir comment produire davantage, mais aussi comment limiter les pertes après récolte, améliorer l’accès aux marchés et garantir aux consommateurs des aliments de qualité.

‎La nutrition s’est ainsi progressivement imposée comme une composante essentielle des programmes. Une agriculture performante doit non seulement générer des volumes importants, mais également contribuer à une alimentation saine, diversifiée et accessible.

Une troisième phase fondée sur l’écosystème agricole

‎La troisième phase marque le passage d’une approche centrée sur la seule production agricole à une vision plus globale des systèmes agricoles et alimentaires.

‎AGRA considère désormais l’agriculture comme un écosystème dans lequel chaque composante influence les autres. Il devient donc nécessaire d’agir sur toute la chaîne, du producteur jusqu’au consommateur final.

Cette approche intègre notamment :

– la production agricole ;

‎- la fertilité et la qualité des sols ;

‎- la conservation des récoltes ;

‎- la transformation ;

‎- l’accès aux marchés ;

‎- la qualité nutritionnelle des aliments ;

– ainsi que la résilience face aux changements climatiques.

« Nous sommes passés d’une approche centrée uniquement sur l’agriculture à une approche fondée sur un véritable système, un écosystème qu’il faut améliorer et sur lequel il faut agir avec force », précise-t-elle.

‎Les défis climatiques renforcent la nécessité de cette évolution. Les pays africains doivent poursuivre leurs ambitions agricoles tout en s’adaptant à la dégradation des sols, à l’irrégularité des pluies et aux autres contraintes environnementales.

‎L’avenir de l’intervention d’AGRA consistera donc à travailler sur l’ensemble de l’écosystème, en étroite collaboration avec l’État, les producteurs et les différents partenaires.

Les producteurs au centre de la transformation

‎Pour Binta Touré N’Doye, aucune stratégie agricole ne peut réussir sans placer les producteurs au cœur des décisions et des investissements.

‎L’agriculture représente environ 80 % de la population active du Mali, selon les données rappelées lors de la célébration. Toute politique de transformation doit donc avoir pour objectif concret d’améliorer les revenus et les conditions de vie des agriculteurs.

‎La membre du Conseil d’administration attire également l’attention sur l’utilisation de l’expression « petits producteurs », souvent traduite de l’anglais smallholder farmers. Le qualificatif « petits » ne doit pas laisser penser que ces agriculteurs ont une importance limitée.

« Il ne s’agit pas de dire qu’ils sont petits en importance. Ce sont eux qui produisent le plus d’impact dans nos économies », insiste-t-elle.

‎Ces producteurs assurent une part essentielle de la production alimentaire, font vivre de nombreuses familles et contribuent directement à l’activité économique des territoires ruraux. Leur accès aux technologies, aux financements, aux marchés et aux infrastructures doit donc rester une priorité.

Accroître les revenus pour favoriser la prospérité

‎Après deux décennies d’intervention, AGRA entend consolider les résultats obtenus tout en approfondissant son action sur l’ensemble des systèmes agricoles et alimentaires.

‎La priorité est de permettre aux producteurs de produire davantage, mais surtout de mieux vivre de leur travail. L’augmentation de leurs revenus doit contribuer à la prospérité des familles, des communautés et de l’économie nationale.

« Notre ambition est de travailler avec les producteurs, avec l’État et avec l’ensemble de nos partenaires pour renforcer l’écosystème agricole, améliorer les revenus des agriculteurs et contribuer à la prospérité des populations et des économies », résume Binta Touré N’Doye.

‎Les 20 ans d’AGRA au Mali constituent ainsi un moment de bilan, mais également de projection. Les acquis enregistrés ouvrent la voie à une nouvelle étape qui devra prendre en compte tous les maillons de la chaîne, les défis climatiques, la qualité des sols, la nutrition et l’accès aux marchés.

Pour AGRA, la réussite de cette nouvelle phase dépendra avant tout de la capacité des acteurs à agir collectivement et à maintenir les producteurs au centre de la transformation agricole du Mali.

‎ASK Web TV

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