J’ai grandi au Ghana, dans un foyer où deux univers ont discrètement influencé ma compréhension de l’agriculture, bien avant que je n’en fasse mon métier. Mon père travaillait dans le secteur du développement, tandis que ma mère était maître de conférences en botanique. Mais ce qui me fascinait le plus enfant, ce n’était pas son travail en classe ou en laboratoire, mais ce qui se passait en dehors. Parallèlement à sa carrière universitaire, elle gérait une entreprise d’horticulture et d’aménagement paysager. Je l’observais passer de la science à l’entrepreneuriat, étudiant les plantes à l’échelle microscopique puis appliquant ces connaissances pour transformer des espaces et des moyens de subsistance concrets.
Nana Amoah, Directrice Genre, Jeunesse et Inclusion, AGRA
À l’époque, je ne comprenais pas pleinement ce à quoi j’assistais. Mais j’ai découvert une notion puissante : l’agriculture ne se résume pas à l’exploitation des terres. C’est aussi science, commerce, innovation et un monde de possibilités. Cette première initiation m’a marquée. Au fil des années, elle a façonné mon parcours professionnel dans le domaine du développement, m’amenant à m’impliquer dans des programmes, des partenariats et des politiques visant à renforcer les systèmes alimentaires sur tout le continent. Ce travail m’a permis de constater à la fois l’immense potentiel des systèmes agroalimentaires africains et les barrières structurelles qui continuent de limiter la participation et les bénéfices.
Aujourd’hui, en tant que directrice du département Genre, Jeunesse et Inclusion chez AGRA, je m’appuie sur ces expériences pour me concentrer sur l’une des questions les plus importantes pour notre avenir : comment faire en sorte que les jeunes Africains ne soient pas seulement inclus dans les systèmes agroalimentaires, mais qu’ils en soient les acteurs de la transformation ?
Selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (ONU-DESA), environ 60 % de la population africaine a moins de 25 ans. Parallèlement, le continent continue de faire face à d’importants défis liés au chômage et à la sécurité alimentaire. Pourtant, au cœur de cette réalité se cache l’une des plus grandes opportunités de notre époque : l’agriculture.
La Banque mondiale estime que le secteur agroalimentaire africain pourrait atteindre près de 1 000 milliards de dollars d’ici 2030. Ce chiffre illustre l’ampleur des enjeux. Et pourtant, pour de nombreux jeunes, l’agriculture reste encore inaccessible. La conception de l’agriculture comme simple production primaire fait partie intégrante du problème. Les systèmes agroalimentaires ne constituent pas un secteur unique, mais une architecture complexe et interdépendante : intrants et semences, production agricole, regroupement et traitement après récolte, transformation et valorisation, distribution, vente au détail, consommation et gestion des pertes et du gaspillage. Chaque maillon a ses propres spécificités économiques, ses propres frontières technologiques et ses propres points d’entrée. Lorsque nous nous demandons pourquoi les jeunes ne se tournent pas vers l’agriculture, nous nous posons souvent la mauvaise question. La véritable question est de savoir s’ils peuvent identifier et exploiter les aspects du système où leurs compétences sont déjà pertinentes.
Ce qui m’enthousiasme le plus chez les jeunes du continent, c’est leur curiosité. Ils posent des questions, remettent en cause les normes et expérimentent de nouvelles approches. Partout en Afrique, cette énergie se traduit déjà en actions. De jeunes entrepreneurs créent des plateformes agritech, améliorent l’accès aux marchés, développent des solutions climato-intelligentes et créent des produits à valeur ajoutée. Ils n’attendent pas d’autorisation. Ils créent des opportunités.
Des initiatives comme Generation Africa, la communauté de jeunes d’AGRA, contribuent à accélérer cette transformation. En mobilisant, en soutenant et en donnant la parole aux jeunes en tant qu’entrepreneurs, innovateurs et défenseurs de l’agriculture, Generation Africa redéfinit la perception de l’agriculture. Par son engagement en faveur du plaidoyer, de l’entrepreneuriat et…
Innovation, it is connecting young people to opportunities, networks and pathways to growth. Because often, what young people need most is not just funding, it is exposure, belief and a clear sense of what is possible. When young people begin to see themselves not just as participants, but as leaders within agrifood systems, that is when transformation truly begins.
Still, we must be honest about why the gap persists. Young agripreneurs sit in what financiers call the ‘missing middle’: too large for microfinance, too small or too unproven for commercial debt. Land tenure systems often exclude them, and young women most of all. Insurance markets for climate risk are thin where they exist at all. And the public goods that de-risk entrepreneurship elsewhere, from extension services to market information to contract enforcement, are unevenly distributed. The result is not a shortage of talent or ambition. It is a shortage of the connective tissue that lets talent compound into enterprise. If we are serious about unlocking the potential of Africa’s youth, we must invest not just in ideas, but in the systems that allow those ideas to thrive.
But beyond systems and institutions, there is also a message I want young people to carry with them: there is space for you here. Not just in farming but across the entire value chain. Whether your strengths lie in technology, processing and value addition, distribution or waste management there is a role for you in shaping how food is produced, distributed and consumed. Start by understanding the ecosystem. Identify where your skills align. Then collaborate because agriculture is deeply interconnected, and no one succeeds in isolation. And most importantly, lead authentically. The most impactful leaders are those who bring their full selves into their work who lead with clarity, purpose, and resilience.
Agenda 2063 sets out an ambition that is sometimes underestimated: an Africa whose development is driven by its own people, and especially by its women and youth. That is not a slogan. It is a measurable claim that we either honor or fail to honor with every choice about where investment flows and how partnerships are designed. The question is not whether young Africans belong in food systems transformation. It is whether the institutions building that transformation, including governments, donors, private investors, and yes, organizations like mine, are willing to be measured against how decisively we make room for them. To every young person wondering whether you belong in this space: the future of Africa’s food systems will not be built without you. It will be built because of you.
L’innovation, c’est connecter les jeunes aux opportunités, aux réseaux et aux voies de la croissance. Car souvent, ce dont les jeunes ont le plus besoin, ce n’est pas seulement de financement, mais aussi d’ouverture, de confiance et d’une vision claire des possibilités. C’est lorsque les jeunes commencent à se percevoir non seulement comme des acteurs, mais aussi comme des leaders au sein des systèmes agroalimentaires, que la transformation s’amorce véritablement.
Cependant, il est essentiel d’analyser honnêtement les raisons de la persistance de cet écart. Les jeunes agripreneurs se situent dans ce que les financiers appellent le « chaînon manquant » : trop importants pour le microcrédit, trop petits ou trop peu expérimentés pour obtenir des prêts commerciaux. Les systèmes fonciers les excluent souvent, et les jeunes femmes plus que quiconque. Les marchés de l’assurance contre les risques climatiques sont ténus, voire inexistants. Et les services publics qui, ailleurs, sécurisent l’entrepreneuriat, des services de vulgarisation à l’information sur les marchés en passant par l’application des contrats, sont inégalement répartis. Il ne s’agit donc pas d’un manque de talent ou d’ambition, mais d’un manque de liens permettant aux talents de se transformer en entreprises. Si nous voulons réellement libérer le potentiel de la jeunesse africaine, nous devons investir non seulement dans les idées, mais aussi dans les systèmes qui permettent à ces idées de s’épanouir.
Mais au-delà des systèmes et des institutions, il y a un message que je souhaite transmettre aux jeunes : vous avez votre place ici. Pas seulement dans l’agriculture, mais tout au long de la chaîne de valeur. Que vos points forts résident dans la technologie, la transformation et la valorisation, la distribution ou la gestion des déchets, vous avez un rôle à jouer pour façonner la manière dont les aliments sont produits, distribués et consommés. Commencez par comprendre l’écosystème. Identifiez les domaines où vos compétences convergent. Ensuite, collaborez, car l’agriculture est profondément interconnectée et personne ne réussit seul. Et surtout, soyez authentiques dans votre leadership. Les leaders les plus influents sont ceux qui s’investissent pleinement dans leur travail et qui dirigent avec clarté, détermination et résilience.
L’Agenda 2063 définit une ambition parfois sous-estimée : une Afrique dont le développement est porté par sa population, et en particulier par ses femmes et ses jeunes. Il ne s’agit pas d’un slogan, mais d’une affirmation mesurable que nous respectons ou non à chaque choix concernant les investissements et la conception des partenariats. La question n’est pas de savoir si les jeunes Africains ont leur place dans la transformation des systèmes alimentaires. Il s’agit de savoir si les institutions qui œuvrent à cette transformation, notamment les gouvernements, les bailleurs de fonds, les investisseurs privés et, bien sûr, les organisations comme la mienne, sont prêtes à être évaluées en fonction de la place que nous leur accordons. À tous les jeunes qui se demandent s’ils ont leur place dans ce domaine : l’avenir des systèmes alimentaires africains ne se construira pas sans vous. Il se construira grâce à vous.
Par Nana Amoah, Directrice Genre, Jeunesse et Inclusion, AGRA












