Regina Richardson, Directrice des programmes pays d’AGRA, lors de la célébration des 20 ans d’intervention de l’organisation au Mali. Crédit photo : ASK Web TV.

À l’occasion de la célébration des 20 ans d’AGRA au Mali, Regina Richardson, directrice des programmes pays de l’organisation, revient sur deux décennies de partenariat au service du secteur agricole malien. Dans un entretien accordé à ASK Web TV, elle évoque le développement des semences améliorées, l’augmentation des rendements, l’accès des producteurs aux marchés et la nécessaire implication des jeunes et des femmes dans la transformation des systèmes agricoles et alimentaires.

Regina Richardson, Directrice des programmes pays d’AGRA, lors de la célébration des 20 ans d’intervention de l’organisation au Mali. Crédit photo : ASK Web TV.

Depuis vingt ans, AGRA accompagne le Mali dans ses efforts pour améliorer la productivité agricole, renforcer la sécurité alimentaire et créer de nouvelles perspectives économiques dans les zones rurales. Au cœur de cette intervention se trouve une démarche fondée sur la coopération entre l’État, les instituts de recherche, les entreprises privées, les organisations non gouvernementales et les producteurs.

‎Interrogée par ASK Web TV sur la principale réalisation d’AGRA au Mali, Regina Richardson préfère parler d’un ensemble de résultats obtenus grâce aux partenariats développés au cours des deux dernières décennies.

« Le travail d’AGRA repose sur les partenariats. Au cours des vingt dernières années, nous avons travaillé en étroite collaboration avec les partenaires locaux, notamment le gouvernement, les institutions de recherche et les acteurs du secteur privé, afin de renforcer les systèmes semenciers », explique-t-elle.

Les systèmes semenciers au cœur des résultats

‎Pour la directrice des programmes pays d’AGRA, les avancées enregistrées en matière de sécurité alimentaire, d’amélioration de la productivité, de création d’emplois agricoles et d’insertion économique des jeunes sont étroitement liées au renforcement des systèmes semenciers.

‎Au Mali, AGRA a notamment collaboré avec l’Institut d’économie rurale (IER), l’institution nationale de recherche agricole, pour développer des variétés améliorées de plusieurs cultures essentielles à l’alimentation des populations.

Ces travaux ont concerné, entre autres :

‎- le maïs ;

‎- le riz ;

‎- le mil ;

‎- le sorgho ;

‎- le niébé ;

‎- ainsi que d’autres cultures vivrières stratégiques.

‎Cependant, le développement de nouvelles variétés dans les centres de recherche ne suffit pas. Encore faut-il que ces innovations parviennent effectivement aux producteurs.

‎AGRA a donc soutenu des entreprises semencières privées et travaillé avec les distributeurs d’intrants agricoles pour faciliter la multiplication, la commercialisation et la distribution des semences améliorées.

‎‎« Nous avons travaillé avec le secteur privé pour nous assurer que les variétés améliorées ne restent pas sur les étagères des centres de recherche ou dans les laboratoires après leur développement », souligne Regina Richardson.

Des rendements améliorés de 20 à 30 %

‎Grâce à l’adoption de semences de qualité et de technologies agricoles améliorées, les producteurs bénéficiaires ont pu accroître leurs rendements et leur productivité de l’ordre de 20 à 30 % par hectare, selon la responsable d’AGRA.

‎Ces résultats ont permis de réduire une partie de l’écart entre les rendements potentiels des cultures et les niveaux de production réellement obtenus dans les exploitations.

‎Mais l’accès aux semences améliorées ne constitue qu’un élément de la solution. Pour obtenir de meilleurs résultats sur une même superficie, les agriculteurs doivent également disposer des connaissances nécessaires pour utiliser convenablement les engrais, améliorer la fertilité des sols et appliquer de bonnes pratiques agronomiques.

‎L’objectif est donc de proposer un accompagnement cohérent, combinant innovations technologiques, intrants de qualité, conseils techniques et gestion durable des terres.

‎Selon Regina Richardson, cette approche a contribué à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans plusieurs communautés, tout en favorisant l’augmentation des revenus des producteurs.

Relier l’augmentation de la production aux marchés

‎Après deux décennies d’intervention, AGRA tire également un enseignement essentiel : la transformation agricole ne peut pas reposer sur des actions isolées. Les différents maillons du système agricole et alimentaire doivent être développés de manière intégrée.

‎L’augmentation de la productivité pose notamment la question de l’écoulement des excédents.

« Lorsque les producteurs augmentent leur productivité, nous devons nous poser une question importante : où ira la production supplémentaire ? Nous devons créer des liens solides entre les producteurs et les marchés », insiste Regina Richardson.

‎Dans cette perspective, AGRA a travaillé avec des organisations non gouvernementales et des entreprises privées afin de faciliter l’accès des agriculteurs à des débouchés commerciaux fiables. L’enjeu est de permettre aux producteurs de vendre, à des conditions avantageuses, les récoltes dans lesquelles ils ont investi du temps, de l’énergie et des ressources financières.

‎La collaboration avec les décideurs publics vise également à créer un environnement plus favorable à la participation des producteurs, des entrepreneurs agricoles et des jeunes dans les différentes chaînes de valeur.

‎Il ne s’agit donc plus uniquement de produire davantage, mais de mieux organiser la collecte, la conservation, la transformation, le transport et la commercialisation des produits agricoles.

‎‎« L’avenir de l’agriculture, c’est maintenant »

‎À l’occasion de ce vingtième anniversaire, Regina Richardson a adressé un message particulier aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui souhaitent construire leur avenir dans l’agriculture.

‎‎Pour elle, il ne suffit plus d’affirmer que l’avenir de l’agriculture africaine repose sur la jeunesse. Les jeunes doivent être considérés comme des acteurs du présent.

« Où est l’avenir ? Quand commence-t-il ? L’avenir, c’est maintenant », lance-t-elle.

‎La directrice des programmes pays invite ainsi les jeunes à investir les métiers de l’agriculture et des systèmes alimentaires.

« Venez dans ce secteur. Nous avons besoin de vous. Nous ne pouvons pas transformer l’agriculture sans vous », affirme-t-elle.

‎Cette participation est d’autant plus importante que l’agriculture doit évoluer vers une utilisation accrue des technologies, des méthodes de production plus efficaces et de nouveaux modèles économiques. Les jeunes disposent, selon elle, des compétences, de la créativité et de la capacité d’innovation nécessaires pour accélérer cette modernisation.

‎Leur contribution peut concerner la production, mais aussi la mécanisation, la transformation agroalimentaire, la commercialisation, les services numériques, le conseil agricole, la logistique ou encore le financement des chaînes de valeur.

‎Les femmes, déjà très présentes dans les activités agricoles et agroalimentaires, doivent également bénéficier d’un meilleur accès aux ressources productives, aux technologies, aux formations et aux marchés.

Une transformation fondée sur une approche intégrée

‎Malgré les progrès réalisés, plusieurs défis persistent dans le secteur agricole malien. Ils concernent notamment l’accès aux semences certifiées, aux fertilisants, au financement, aux technologies, aux infrastructures de transformation et à des marchés rémunérateurs.

‎Pour Regina Richardson, ces difficultés doivent être abordées à travers une approche couvrant l’ensemble de la chaîne, de la recherche agricole jusqu’à la commercialisation des produits.

« C’est grâce à une approche de bout en bout et à une collaboration étroite que nous pourrons relever ces défis et élaborer des solutions adaptées », indique-t-elle.

‎AGRA entend ainsi poursuivre sa collaboration avec le gouvernement, les producteurs, les institutions de recherche, le secteur privé, les jeunes, les femmes et les autres partenaires afin de renforcer durablement l’ensemble du système agricole et alimentaire.

‎Après vingt années d’intervention au Mali, le bilan présenté par Regina Richardson fait ressortir des acquis importants dans le développement des systèmes semenciers, la diffusion des variétés améliorées, l’augmentation de la productivité et l’accès aux marchés.

‎‎La prochaine étape consistera à consolider ces résultats, à élargir leur portée et à placer davantage les jeunes et les femmes au centre des solutions. Pour AGRA, la transformation agricole du Mali dépendra de la capacité de tous les acteurs à travailler ensemble, de la recherche jusqu’au marché, autour d’une ambition commune : bâtir un système alimentaire productif, inclusif, innovant et durable.

ASK Web TV

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