À l’occasion des 20 ans d’AGRA au Mali, le professeur Bocar Ahmadou, directeur pays de l’organisation, revient sur les avancées réalisées en faveur de la transformation agricole. Plus d’un million de producteurs touchés, des entreprises semencières créées, un réseau de plus de 5 000 distributeurs d’intrants et des variétés adaptées aux réalités climatiques : pour lui, les fondations sont désormais posées. Le défi consiste à consolider ces acquis grâce à davantage de synergie et d’actions intégrées.

Depuis vingt ans, AGRA accompagne le Mali dans la transformation de ses systèmes agricoles et alimentaires. Ses interventions ont notamment porté sur la modernisation des systèmes semenciers, l’amélioration de la productivité, le rapprochement des intrants agricoles avec les producteurs, l’accès aux marchés et l’adaptation aux changements climatiques.
Invité sur le plateau d’ASK Web TV à l’occasion de cet anniversaire, le professeur Bocar Ahmadou, directeur pays d’AGRA au Mali, a résumé ces deux décennies d’intervention par une avancée majeure : la mise en place des bases nécessaires au démarrage d’une véritable transformation agricole.
« Je pense que nous avons réellement posé les fondations de la transformation agricole au Mali. Les fondations sont désormais en place », a-t-il déclaré.
Le directeur pays a également remercié ASK Web TV pour son engagement en faveur de la visibilité des actions d’AGRA et des enjeux liés au développement de l’agriculture malienne.
Plus d’un million de producteurs touchés
En deux décennies, les programmes soutenus par AGRA ont touché plus d’un million de producteurs au Mali. Pour le professeur Bocar Ahmadou, ce résultat témoigne du chemin parcouru, mais ne doit pas faire oublier les nombreux défis qui persistent.
La dégradation des sols, les effets du changement climatique, l’accès aux intrants de qualité, la faiblesse des infrastructures de transformation et les difficultés de commercialisation continuent notamment d’affecter les exploitations agricoles.
De nouveaux défis apparaissent également à mesure que les systèmes agricoles évoluent. Leur prise en charge exige une meilleure coordination entre l’État, les institutions de recherche, les entreprises privées, les organisations de producteurs et les partenaires du développement.
« La transformation nécessite davantage de synergie et plus d’actions intégrées », souligne le directeur pays d’AGRA.
Cette exigence de collaboration explique l’évolution de l’organisation à travers trois grandes stratégies successives. Chacune de ces phases a été conçue à partir des résultats obtenus et des enseignements tirés de la précédente.
Les semences comme première fondation
La première stratégie d’AGRA au Mali a accordé une place prioritaire au développement du système semencier.
Pour le professeur Bocar Ahmadou, il est impossible de parler de transformation agricole sans s’intéresser à la qualité des semences mises à la disposition des producteurs. C’est pourquoi AGRA a soutenu la recherche, le développement de variétés améliorées et la création d’entreprises semencières nationales.
Ces entreprises participent aujourd’hui à la multiplication et à la commercialisation de semences certifiées adaptées aux différentes zones de production du Mali.
« C’est un domaine dont nous sommes très fiers, parce que les résultats sont palpables. Des entreprises semencières ont été créées et elles sont fonctionnelles », affirme-t-il.
L’un des objectifs était d’éviter que les variétés mises au point par la recherche agricole restent uniquement dans les laboratoires ou les centres spécialisés. Elles devaient être multipliées, conditionnées et distribuées afin d’être effectivement utilisées dans les exploitations.
Un réseau de plus de 5 000 distributeurs agricoles
Pour rapprocher les semences certifiées et les autres intrants des producteurs, AGRA a également accompagné le développement d’un vaste réseau d’« agro-dealers », c’est-à-dire de distributeurs de semences, d’engrais et de produits agricoles.
Selon le directeur pays, ce réseau compte aujourd’hui plus de 5 000 agro-dealers répartis à travers le Mali.
Ces distributeurs jouent un rôle essentiel, notamment dans les zones rurales éloignées des grands centres commerciaux. Ils permettent aux producteurs d’accéder plus facilement aux intrants dont ils ont besoin pour améliorer leurs rendements.
L’existence d’un réseau de proximité contribue également à réduire les distances parcourues, les coûts de transport et les risques liés à l’utilisation de semences de mauvaise qualité ou d’origine incertaine.
Des variétés adaptées aux changements climatiques
L’amélioration du système semencier ne porte pas uniquement sur le potentiel de rendement. Elle prend également en compte la diversité des zones agroécologiques et les effets du changement climatique.
Les variétés développées avec l’appui de la recherche sont sélectionnées en fonction de leur capacité à s’adapter aux conditions locales, notamment à l’irrégularité des pluies, à la réduction de la durée des saisons agricoles et aux autres contraintes environnementales.
Le professeur Bocar Ahmadou rappelle que certaines semences traditionnellement utilisées produisaient moins d’une tonne à l’hectare. L’accès aux semences certifiées et aux variétés améliorées a contribué à faire progresser les rendements dans plusieurs zones.
Cette évolution représente, selon lui, une véritable révolution pour les exploitations bénéficiaires.
L’augmentation de la productivité doit cependant se traduire par une amélioration concrète des revenus des producteurs. Elle doit donc être accompagnée d’un meilleur accès aux marchés, afin de permettre l’écoulement des surplus agricoles dans des conditions avantageuses.
De la productivité aux revenus des producteurs
Pour AGRA, produire davantage ne constitue pas une finalité en soi. La transformation agricole doit permettre aux exploitants d’améliorer durablement leurs conditions de vie.
« Qui dit révolution des rendements dit également augmentation des revenus et connexion avec les marchés », explique le directeur pays.
Le développement des systèmes semenciers doit ainsi s’accompagner de solutions pour la collecte, le stockage, la transformation et la commercialisation des produits agricoles.
L’organisation travaille également avec l’État malien à l’amélioration de l’environnement institutionnel. Cet accompagnement concerne notamment les politiques de subvention des intrants agricoles et l’évaluation des programmes existants, afin de mieux les adapter aux besoins réels des producteurs.
L’objectif est de rendre les mécanismes publics plus efficaces, plus accessibles et davantage orientés vers la transformation durable du secteur.
Une deuxième stratégie fondée sur les consortiums
Après avoir posé les premières fondations, AGRA a engagé une deuxième phase visant à consolider les acquis.
Cette étape a notamment été marquée par l’adoption de l’approche par consortium. Plutôt que de financer des projets isolés, l’organisation a encouragé plusieurs partenaires à travailler ensemble autour d’objectifs communs.
« Nous avons décidé de ne plus rester dans des cloisons ou dans des projets isolés. Nous avons mis en place des consortiums dans lesquels chaque partenaire apporte sa valeur ajoutée », précise le professeur Bocar Ahmadou.
Cette méthode permet de réunir, au sein d’une même intervention, les compétences de la recherche, des entreprises semencières, des distributeurs d’intrants, des organisations de producteurs, des institutions financières et des acteurs du marché.
L’approche a notamment été expérimentée dans la région de Koulikoro, où elle a démontré sa pertinence. Les résultats obtenus ont encouragé AGRA à renforcer et à étendre ce modèle.
Mettre les acquis à l’échelle
La troisième stratégie, actuellement mise en œuvre, vise à amplifier les résultats des phases précédentes et à mettre les solutions éprouvées à l’échelle.
Il s’agit de dépasser les interventions limitées à quelques localités pour toucher davantage de producteurs et agir de manière cohérente sur l’ensemble du système agricole et alimentaire.
Cette nouvelle phase repose sur une vision intégrée reliant la semence, la fertilité des sols, les pratiques agricoles, la productivité, le financement, la conservation, la transformation et l’accès aux marchés.
Elle doit également répondre aux défis du changement climatique en favorisant des technologies et des pratiques agricoles mieux adaptées aux réalités du Mali.
Consolider les fondations de la souveraineté alimentaire
Après vingt années d’intervention, le professeur Bocar Ahmadou estime qu’AGRA et ses partenaires ont posé des fondations solides. Le développement d’entreprises semencières, la diffusion de variétés certifiées, la création d’un réseau de plus de 5 000 distributeurs et l’accompagnement de plus d’un million de producteurs constituent des acquis importants.
Toutefois, ces résultats doivent être consolidés par une action collective plus forte. La transformation attendue dépendra de la capacité des acteurs à sortir des interventions isolées et à agir sur l’ensemble des chaînes de valeur.
Les prochaines années devront ainsi permettre d’étendre les solutions ayant fait leurs preuves, d’améliorer les revenus des producteurs et de renforcer la résilience des exploitations face aux changements climatiques.
Pour le directeur pays d’AGRA, la souveraineté alimentaire du Mali se construira en associant les connaissances et les traditions du monde rural aux innovations scientifiques, aux semences améliorées et aux technologies modernes.
Vingt ans après le début de l’intervention d’AGRA, les bases sont posées. Le prochain défi sera de transformer ces fondations en résultats durables pour les producteurs, les ménages agricoles et l’ensemble de l’économie malienne.
ASK Web TV














