De jeune chercheur spécialisé en sorgho à pionnier de la sélection du maïs au Mali, le parcours du Dr Mamadou Mory Coulibaly est intimement lié à celui d’AGRA. À l’occasion des 20 ans de l’organisation, le sélectionneur revient sur une aventure scientifique et humaine qui a profondément transformé le secteur semencier malien.

Lorsque le Dr Mamadou Mory Coulibaly dépose son dossier de candidature pour une bourse doctorale soutenue par AGRA, rien ne laisse présager le tournant que prendra sa carrière. À cette époque, il travaille sur le programme sorgho et envisage naturellement de poursuivre dans cette voie. Mais une fois arrivé au Ghana pour ses études doctorales au West Africa Centre for Crop Improvement (WACCI), une rencontre inattendue va changer le cours de son parcours.

 

« Ils m’ont appelé en disant : « Mamadou Mory Coulibaly, Maïs ». J’étais surpris, car j’avais postulé pour le sorgho. Ils m’ont expliqué qu’après leurs analyses, ils avaient constaté qu’il n’existait aucun sélectionneur de maïs au Mali. C’est ainsi que toute cette histoire a commencé », raconte-t-il avec le sourire.

Une filière semencière transformée

Vingt ans plus tard, le chercheur mesure le chemin parcouru. Selon lui, AGRA a joué un rôle déterminant dans la structuration du secteur semencier malien.

« Au départ, il n’y avait pratiquement pas de compagnies semencières, ni de véritable collaboration entre les chercheurs et les producteurs de semences. AGRA a permis de créer ce lien essentiel qui a favorisé le développement de la production semencière et, par conséquent, celui de l’agriculture. »

Le soutien apporté par l’organisation ne s’est pas limité à la formation. Grâce aux projets financés par AGRA, les premiers programmes de développement d’hybrides de maïs ont vu le jour au Mali.

À l’époque, le pays dépendait entièrement des importations pour ses semences hybrides. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente.

« Nous produisons désormais nos propres hybrides, et nous avons même commencé à les exporter vers des pays comme le Sénégal et la Guinée. Les hybrides ont permis d’améliorer considérablement les rendements et de répondre aux besoins croissants des producteurs. »

Des partenariats scientifiques décisifs

Le développement de la recherche nationale s’est également appuyé sur un solide réseau de collaborations internationales facilité par AGRA.

 

Le Dr Coulibaly souligne notamment les partenariats établis avec l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) ainsi que le WACCI.

« À mes débuts, nous ne disposions pratiquement pas de lignées de maïs. Ces institutions nous ont fourni le matériel génétique de base ainsi que l’accompagnement scientifique indispensable pour lancer nos programmes de recherche. »

Ces échanges ont permis au Mali de bâtir progressivement une expertise nationale dans l’amélioration génétique du maïs.

Gagner la confiance des producteurs

Au-delà des avancées scientifiques, le défi consistait également à convaincre les agriculteurs d’adopter les nouvelles variétés.

« Un paysan ne change pas de variété parce qu’on lui dit de le faire. Il compare les rendements. Lorsqu’il constate que la nouvelle variété produit davantage, il l’adopte naturellement. » Aujourd’hui, les variétés améliorées connaissent un succès grandissant auprès des producteurs.

Le chercheur se dit particulièrement fier du développement des hybrides maliens. « Nous produisons aujourd’hui des hybrides de maïs jaune, de maïs blanc et adaptés à différents cycles. La demande est devenue si forte que nous avons parfois du mal à la satisfaire. »

Pour répondre à cette demande, l’institut de recherche travaille étroitement avec les coopératives agricoles et les compagnies semencières. « Nous leur fournissons les lignées parentales, et elles assurent la multiplication des semences sur de grandes superficies. C’est une véritable collaboration entre la recherche et le terrain. »

Former les générations futures

Le Dr Coulibaly considère également la transmission des connaissances comme une mission essentielle.

En parallèle de ses activités de recherche, il encadre des doctorants, enseigne la physiologie et la production des semences à l’université et participe régulièrement à des ateliers scientifiques internationaux. Pour lui, l’investissement d’AGRA dans la formation des ressources humaines constitue l’un de ses plus grands héritages.

« Beaucoup de cadres formés grâce à AGRA occupent aujourd’hui des postes stratégiques : chefs de programme, directeurs nationaux et responsables de projets. Sans ces formations, le Mali aurait accusé un retard considérable. »

Une agriculture plus résiliente

Les innovations variétales développées ces dernières années répondent désormais aux défis climatiques auxquels sont confrontés les producteurs. Les nouvelles variétés de maïs sont plus précoces, plus productives et présentent une meilleure tolérance à la sécheresse ainsi qu’une résistance au Striga, une plante parasite particulièrement destructrice pour les cultures.

Le Dr Coulibaly rappelle également le rôle joué par AGRA dans la création de l’Association Semencière du Mali (ASM), qui a renforcé les liens entre chercheurs, entreprises semencières et agriculteurs.

 

« Aujourd’hui, les compagnies semencières viennent directement s’approvisionner auprès de la recherche pour obtenir les semences de prébase. Cette dynamique était presque inexistante auparavant. »

Un héritage durable

À l’occasion du vingtième anniversaire d’AGRA, le chercheur exprime sa profonde reconnaissance envers une organisation qui, selon lui, a contribué à transformer durablement le paysage agricole malien.

« Les scientifiques formés grâce à AGRA continueront à produire des résultats pendant encore plusieurs décennies. Leur impact dépassera largement les vingt prochaines années. »

Il conclut avec un message d’espoir et de gratitude.

« Je souhaite un très joyeux anniversaire à AGRA. Je ne les oublierai jamais. J’ai eu l’honneur de recevoir le prix du meilleur sélectionneur et de la meilleure équipe de sélection décerné par l’IITA. J’espère qu’AGRA poursuivra cette dynamique, car nous aurons toujours besoin de son accompagnement pour soutenir les agriculteurs, qui restent le véritable moteur du développement de notre pays. »

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