L’Afrique se trouve à un moment décisif. Le continent possède la population la plus jeune du monde, de vastes terres arables et d’abondantes ressources naturelles, mais de nombreuses familles souffrent encore d’insécurité alimentaire et nutritionnelle, tandis que des millions de jeunes cherchent un emploi qui ne vient jamais. Cette contradiction est alarmante mais résoluble. La solution consiste à considérer l’agriculture non pas comme un vestige ou un dernier recours, mais comme une carrière moderne, innovante et gratifiante pour les jeunes Africains.

Le Forum africain sur les systèmes alimentaires de 2025 offre une plateforme opportune pour redéfinir les priorités. Son accent mis sur le leadership des jeunes dans la collaboration, l’innovation et la mise en œuvre révèle une vérité claire : l’avenir du continent dépend de l’autonomisation de son atout le plus précieux, sa jeunesse.

La population africaine est d’environ 1,2 milliard d’habitants et pourrait doubler d’ici 2050. Plus de 400 millions de personnes sont âgées de 15 à 35 ans, ce qui constitue le profil démographique le plus jeune de toutes les régions. Pourtant, beaucoup trop de ces jeunes sont sans emploi ou sous-employés. L’agriculture a la plus grande capacité d’absorption de main-d’œuvre, de génération de revenus et de stimulation de l’innovation, mais ce secteur reste peu attractif pour beaucoup. Le problème n’est pas l’absence d’opportunités, mais le manque d’imagination, d’investissements et de soutien.

Le chômage des jeunes est devenu un échec d’imagination. Trop souvent, les politiques se concentrent sur le simple comptage des emplois plutôt que sur l’exploitation du potentiel déjà présent dans nos champs, nos marchés et nos centres de recherche. Nous devons réinventer l’agriculture comme un espace d’aspiration et d’impact pour les jeunes Africains. Ce changement exige un soutien coordonné des gouvernements, du secteur privé et des partenaires au développement pour accompagner les jeunes dans des rôles modernes d’agri-entrepreneurs.

Repositionner l’agriculture en tant qu’entreprise propulsée par la technologie transformera la donne. À travers le continent, de jeunes innovateurs créent des applications mobiles reliant agriculteurs et acheteurs, utilisent des drones pour surveiller les cultures, appliquent l’intelligence artificielle pour détecter les ravageurs et conçoivent des plateformes numériques de vérification des intrants. L’agriculture devient numérique, axée sur les données et dynamique. Les jeunes sont déjà à l’avant-garde de ce changement, mais ils rencontrent encore de lourds obstacles. L’accès à la terre demeure un verrou silencieux. Des contraintes légales, financières et coutumières en limitent l’accès. Sans terres, les jeunes – en particulier les jeunes femmes – ne peuvent pas bâtir de patrimoine ni investir en toute confiance. La réforme foncière doit être traitée comme une question essentielle pour la jeunesse, et pas seulement pour le monde rural.

Le financement constitue un autre défi. De nombreux jeunes n’ont ni garanties ni antécédents de crédit formels. Une nouvelle vague de données financières numériques offre une percée : les transactions de mobile money et les paiements de services publics peuvent servir à établir des dossiers vérifiables de comportement financier. Le scoring de crédit alternatif ouvre alors la voie à des prêts pour les intrants, la technologie et la croissance. L’inclusion financière numérique est essentielle pour que l’agriculture devienne un espace dynamique pour les jeunes entrepreneurs.

L’éducation et la formation accusent souvent un retard par rapport aux besoins du marché. Les programmes sont parfois obsolètes, l’accès au marché faible, les infrastructures limitées et les nouvelles technologies trop coûteuses. Ces défis alimentent le mythe selon lequel l’agriculture n’est qu’un travail pénible avec peu de récompenses. Pour faire de l’agriculture une carrière viable, nous devons lever ces obstacles : réformer le régime foncier, élargir l’accès au financement abordable, moderniser l’éducation et la formation, renforcer les liens avec les marchés et intégrer les outils numériques de la production à la distribution. Les jeunes doivent être à l’avant-garde de cette vague d’innovation.

Les opportunités couvrent toute la chaîne de valeur. Au-delà de la production agricole ou de l’élevage, les jeunes peuvent prospérer comme agro-distributeurs fournissant des intrants, des conseils et des services de livraison via des plateformes numériques. Plus de 40 000 agro-distributeurs soutiennent déjà les agriculteurs, réduisant les distances d’accès aux intrants et favorisant l’adoption de meilleures technologies, avec des gains de rendement allant jusqu’à 40 % au Nigéria. Dans la production de semences, les jeunes collaborent avec des entreprises pour la multiplication, le contrôle de la qualité et la gestion de la chaîne d’approvisionnement.

En tant que conseillers agricoles et agents de vulgarisation, les jeunes professionnels forment les agriculteurs aux pratiques climato-intelligentes qui augmentent durablement la productivité. Le secteur en pleine croissance de l’agri-tech invite les jeunes à concevoir des outils de vérification des intrants, d’information sur les marchés et de formation des agriculteurs. Les PME dirigées par des jeunes dans la transformation et la valorisation créent des emplois, stimulent l’industrie locale et réduisent les pertes post-récolte. Beaucoup établissent des liens commerciaux en négociant des contrats, en gérant le stockage et en facilitant le commerce régional des semences. D’autres développent l’agriculture régénérative et promeuvent les cultures résistantes à la sécheresse qui aident les communautés à s’adapter au changement climatique.

Les jeunes participent également à l’élaboration des politiques. Ils interagissent avec les ministères, les régulateurs et les plateformes nationales pour plaider en faveur de politiques inclusives et surveiller leur mise en œuvre afin que les décisions reflètent les besoins de la prochaine génération.

Cet agenda s’aligne sur la nouvelle stratégie continentale du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) pour 2026-2035, qui appelle à réinventer et réinvestir dans les systèmes alimentaires. Le financement innovant y est central : réformes fiscales, obligations municipales, envois de fonds, fonds de pension et investissements alignés sur le climat peuvent être mobilisés. Les obligations sociales et environnementales, l’assurance paramétrique et les échanges dette-nature peuvent soutenir les entreprises agricoles dirigées par des jeunes et les modèles résilients au climat.

Un dialogue inclusif est nécessaire pour concrétiser ces idées. Les ministères des finances, de l’agriculture et du développement social doivent travailler ensemble pour rationaliser le soutien aux jeunes et aux femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Seul un effort coordonné permettra de bâtir un système qui accompagne les jeunes du champ au marché.

Toute stratégie pour la jeunesse qui ignore la dimension de genre est incomplète. Les femmes constituent l’épine dorsale de la production agricole, mais restent mal desservies. Il n’y a pas de voie pour libérer le potentiel alimentaire de l’Afrique sans équité entre les sexes. La sécurisation des droits fonciers, l’accès à un financement adapté, une formation moderne et une place à la table des décisions ne sont pas seulement justes : ils sont essentiels pour une croissance durable. Si nous ne plaçons pas les jeunes femmes au cœur, nous ne plaçons pas l’avenir de l’Afrique au cœur.

Alors que l’Afrique est confrontée à l’insécurité alimentaire et au chômage des jeunes, la voie à suivre est claire. L’agriculture est l’avenir. Elle regorge d’innovations, est propulsée par la technologie et pleine d’opportunités. Avec les bons investissements, les bonnes politiques et une vision claire, elle peut devenir un moteur dynamique de transformation économique et d’inclusion sociale. La jeunesse africaine est prête à mener cette révolution. La question est de savoir si nous leur donnerons la chance.

Par Nana Yaa B. Amoah

Nana Yaa B. Amoah est Directrice du Genre, de la Jeunesse et de l’Inclusion à l’AGRA, une organisation africaine qui place les agriculteurs au cœur de l’économie croissante du continent.

 

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